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VIETNAM : NHA TRANG – MISSION

Publié le par Andre Marie Springer

VIETNAM : NHA TRANG – MISSION

Le style architectural vous dit quelque chose si vous vous êtes déjà rendus en Amérique du Sud. Vous êtes bien au Vietnam, dans la campagne autour de Nha Trang. C’est une église mission jésuite. Pourquoi changer les plans d’une église coloniale quand on en a déjà sous la main ? Les jésuites sont méthodiques, ce sont de redoutables gestionnaires (des âmes mais aussi des biens, la preuve ce sont eux qui gèrent encore les biens et les revenus des pagodes des environs). Cette église était partie intégrante d’une citadelle Vauban dont il ne subsiste que deux portes et des fossés. La citadelle imprenable est un mythe typiquement français qui culminera et se terminera avec la ligne Maginot. Dès le début on a ainsi la réunion de deux forces permettant l’annexion - quel vilain mot - d’un pays : la religion et l’armée. Les missionnaires n’ont jamais été contre le fait de prendre part à une action militaire si celle-ci pouvait permettre de répandre la bonne parole. Ce n’est pas par hasard que les jésuites se disent soldats de Dieu. Il ne faut en outre jamais oublier que l’évangélisation d’un pays permettait au pays évangélisateur d’y avoir le monopole du commerce. Les voies du Seigneur sont souvent sonnantes et trébuchantes ; il faut y voir un mélange de religion certes mais aussi d’alphabétisation intéressée des populations locales, – elles seront le réservoir du futur clergé local - la proximité de Grandes Compagnies commerçantes, de forces militaires « prêtées » aux rois locaux parfois en difficulté et se retournant naturellement contre ceux-ci dans un rôle toujours présenté comme altruiste, protecteur et finalement civilisateur.

VIETNAM : NHA TRANG – MISSION

1615 marque l’arrivée des Jésuites dans le Đại Việt. Ils viennent du Japon d’où ils ont été expulsés par le très avisé, talentueux et soupçonneux Shogun Tokugawa Ieyasu. Les Jésuites s’installent dans le centre du Vietnam (Đà Nẵng). En 1623, un jésuite avignonnais, Alexandre Rhodes arrive au Tonkin. Polyglotte, très doué (la légende dorée dit qu’il maîtrisera la langue vietnamienne en quelques mois et prêchera aussitôt dans celle-ci), en s'aidant du travail antérieur de ses confrères au Japon, il met au point une transcription du vietnamien en caractères latins en se servant des différents signes phonétiques des langues européennes : ce sera le Quốc ngữ encore utilisé de nos jours au Vietnam. Alexandre de Rhodes est un des rares occidentaux à voir de nos jours son nom assigné à des rues dans les villes vietnamiennes (avec Curie, Pasteur, Yersin et Hugo).

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De retour en Europe, Alexandre de Rhodes convainc le pape Alexandre VII de créer – sous le contrôle d’évêques vicaires apostoliques européens, faut pas pousser quand même – un clergé autochtone de haut niveau permettant une meilleure adaptation aux mœurs et aux coutumes du pays. Il prêche également, très naïvement, la non-ingérence dans les affaires politiques – c’est ce qui avait valu l’expulsion et l’éradication du christianisme au Japon. De Rhodes se rend également à Paris et influence fortement Les Missions étrangères de Paris qui vont mettre en pratique ses idées. Entre 1658 et 1700 on note la Fondation du séminaire Général du Siam, l’évangélisation de la future Indochine Française, la création d’un ordre religieux féminin et l’ordination de 33 prêtres indigènes. Cette action religieuse n'était pas dénuée d’arrières-pensées et les initiatives de la Société des Missions permirent l'établissement d'un courant commercial entre la France, l'Indochine et les Indes, l'envoi d'ambassades et la signature de traités avec de très vilaines idées d’annexion et de prise du pouvoir (non réalisées) en Thaïlande. Et oui on a manqué de peu à l'époque un empire colonial incluant les Indes, la Thaïlande, le Cambodge, le Laos et le Vietnam.

L'école, toujours très importante dans les structures jésuites. De nos jours seule l'école primaire est tolérée.

L'école, toujours très importante dans les structures jésuites. De nos jours seule l'école primaire est tolérée.

L'intérieur est vaste et aéré, bien adapté au climat. Remarquez le somptueux plafond de bois.

VIETNAM : NHA TRANG – MISSION
VIETNAM : NHA TRANG – MISSION

Les piliers de bois reposent sur une assise de pierre pour les protéger des parasites.

VIETNAM : NHA TRANG – MISSION

On retrouve ici la démarche typique des Jésuites qui n'hésitent pas à laisser les artisans locaux utiliser dans une église chrétienne des éléments iconographiques ornant habituellement les pagodes.

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Une porte latérale.

Une porte latérale.

La porte principale.

La porte principale.

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