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INDE - VRINDAVAN – KRISHNA’S PLAYGROUND –ARTI AU KESHI GHAT

Publié le par Andre Marie Springer

Krishna et Râdhâ. Peinture murale à l'or, Mandawa (Rajasthan - Shekhawati)

Krishna et Râdhâ. Peinture murale à l'or, Mandawa (Rajasthan - Shekhawati)

Lui c'est Krishna. Il est le 8ème avatar-réincarnation de Vishnu, le plus vénéré, le plus plus humain, le plus proche des hommes. Son nom signifie le Noir, le Sombre. Sa peau est de couleur bleue ce qui dans les civilisations indo-iraniennes correspond au noir (bleu et noir recouvrent le même mot, déjà dans les civilisations mésopotamiennes). Le dieu recouvre un personnage historique ayant certainement vécu et régné sur Mathura vers 3 300 avant J. C.  Sa mythologie comprend tous les clichés du héros : dès la naissance une prédiction qu’il tuera le roi régnant, une enfance cachée parmi les bergers (et surtout les bergères car c’était un sacré gaillard, une légende lui prête 16 000 « épouses » et 180 000 fils), des tentatives d’assassinat révélant sa puissance divine et même les circonstances de sa mort (une flèche dans le talon d’Achille) nous font réviser notre mythologie grecque. C’est à Vrindavan que le jeune Krishna passera sa jeunesse sous l’apparence d’un bouvier et la ville, située à une dizaine de km de Mathura, est restée un gros bourg de 57 000 habitants. Les lieux de la saga de la jeunesse de Krishna sont considérés comme saints par les Visnouites car c’est là qu’il révéla sa déité.

 

INDE - VRINDAVAN – KRISHNA’S PLAYGROUND –ARTI AU KESHI GHAT

Le lieu qui nous intéresse est le Keshi ghat. Un ghat est un escalier avec parfois des gradins permettant d’accéder aux berges d’un fleuve généralement sacré. Ici ça tombe bien c’est la Yamuna, une des 7 rivières sacrées de l’Inde. C’est là que le jeune Krishna aurait tué à main nue (une main) un démon-cheval nommé Keshi envoyé par son oncle adoré pour l'assassiner. Il se serait purifié dans la rivière à cet endroit. Tous les soirs y a lieu un rituel nommé Ārtī. Ce mot recouvre les chants traditionnels chantés et par extension le rituel lui-même. Il provient certainement selon les spécialistes d’un ancien rituel védique lié au partage du feu. Nous n’avons pas la même définition du mot religion que les Indiens. Pour eux, le plus souvent, religion signifie manipulation de l’énergie. Energie cosmique, individuelle et les rapports entre elles. Le feu est le symbole idéal de toute énergie. Suite à un rituel le dieu se manifeste au travers du feu qui est partagé entre les divers participants à la cérémonie. C’est donc un rituel de partage, collectif, très caractéristique du culte de Krishna.

Pour arriver à Kesi ghat c’est simple : vous ne prenez pas de taxi : il serait arrêté rapidement par la Police locale qui boucle les quartiers du fleuve. Un tuk-tuk fera très bien l’affaire. S’il est étroit c’est encore mieux, il passe. Evidemment vous négociez le prix allez-retour avant. Non, malheureux, malgré les suppliques du conducteur qui doit nourrir sa famille très pauvre (surtout le nourrisson qui a 2 mois et un besoin urgent de lait) on ne donne rien ; on paie quand on est retourné à son hôtel, cela évite de passer pour un idiot. Evidemment votre conducteur de tuk-tuk s’arrêtera au bout d’un moment, jurant les 4 dieux, dont Krishna évidemment, qu’il ne peut pas continuer, la route est trop mauvaise (c’est vrai qu’elle est bien défoncée), il ne peut pas passer mais son copain là il a un bateau et pour une petite somme modiquement exorbitante il va vous emmener par voie fluviale. On ne rentre pas dans la combine : on n’a que l’argent de la course sur soi et rien d’autre. Il ne faut pas en démordre ; Krishna lui-même, ce soir, vous pardonnera ce mensonge. C’est toujours tout droit et finalement le tuk-tuk est bien obligé de s’arrêter : il n’y a plus de route. Non, on ne paie pas le tuk-tuk malgré son insistance, sinon ce sera retour à pieds. Ensuite c’est simple, vous suivez le courant humain sur un kilomètre : escaliers sombres, couloirs pas éclairés, on se calme, on respire, tout va bien, tout le monde est gentil. Comptez environ trente minutes avant d’arriver au Keshi Ghat. Vous arrivez avant la tombée de la nuit.

 

INDE - VRINDAVAN – KRISHNA’S PLAYGROUND –ARTI AU KESHI GHAT
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Tout commence par les chants, les fameux Ārtī. Les chants et les répons permettent la venue du dieu, de  l’énergie. C‘est la séquence rituel, elle est très codifiée. Donc cherchez des chants… ou des gens qui attendent la descente de dieu.

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Certains semblent avoir déjà trouvé le contact avec le dieu; le bhang (une sorte de happy lassi en vente dans les établissements agréés à proximité des temples) a parfois un effet inattendu et certains se prennent pour Krishna, pas moins et sortent leur flute. Les fidèles ont déjà déposé de petites lumières sur le fleuve; c'est une pratique qui est reprise dans la plupart des pays du Sud-est asiatique.

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On trouve finalement des gens plus sages, ils chantent et attendent. Dans leurs mains un plateau avec une bougie et des pétales de fleurs.

INDE - VRINDAVAN – KRISHNA’S PLAYGROUND –ARTI AU KESHI GHAT
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  Lui c’est le chef, il dirige le rituel avec son assistant. On remarque que le feu est déjà allumé devant lui, il sera le vecteur de la présence divine, un Indien dirait plutôt la Force Cosmique. Pour l’instant ce n’est qu’un feu mais bientôt il sera habité.

INDE - VRINDAVAN – KRISHNA’S PLAYGROUND –ARTI AU KESHI GHAT
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L’arbre devant le prêtre va être allumé et servira à partager le feu avec tous les participants à la cérémonie. Le feu-énergie est vu et vécu comme la présence du dieu. Le partage commence.

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La conque, évidemment, un des symboles de Vishnu; le son produit en soufflant dedans est sensé rappeller le son originel de la création. L'arbre de feu est allumé.

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L'arbre de feu, en fait l'énergie de Krishna, est offerte aux participants. Toujours des fleurs car Krishna n'est pas une entité austère.

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Les participants viennent littéralement prendre et s'approprier l'énergie du feu. Pour eux il y a contact entre leur énergie personnel, microcosme, et l'énergie cosmique, macrocosme. Beaucoup de ferveur...

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Sur la rive, au bas des ghats, des scènes d'allégresse: le dieu est venu.

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La cérémonie touche à sa fin. Les officiants entament le rituel de conclusion et de départ.

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Il est temps de rentrer; le tuk-tuk attend toujours, il n'a pas encore été payé.

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Toutes les images par Marie et André Springer. Séjour à Vrindavan - Mathura en octobre 2016.

Petits conseils: évitez les temples de Vrindavan car l'ambiance y est pénible, surtout les Brahmanes organisant leur petit racket autour des lieux de culte. Il y règne une faune assez agressive et une cour des miracles digne de l'époque de François Villon. Il faut savoir qu'un brahmane est celui qui connait et est apte à effectuer les rituels hindouistes. Cela ne lui donne pas le droit de mendier ou de racketter les étrangers. Vous l'avez compris ce ne sont pas mes copains et il m'arrive assez souvent de rentrer - gentiment - en conflit avec eux. Vrindavan abrite le principal temple du mouvement Hare Krishna, la Maison Mère. A côté de ce temple, si vous aimez le grotesque, vous trouverez un musée, un hôtel, un restaurant et même plusieurs boutiques; il n'y a pas de petits profits.

Manger à Mathura ou Vrindavan est en soi une gageure, un acte foi ou de bravoure selon les options choisies. Il y a quelques restaurants autour du musée de Mathura: on s'y restaure.

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